Le parcours
Sonia Romey · Chevrière et professeure des écoles
Suite à la fermeture de la dernière filature en Corse, il ne restait presque plus personne pour transformer la fibre sur l'île. En dépit d'un terroir aussi prometteur que celui des plateaux pyrénéens, c'était malheureusement tout l'héritage de la laine corse qui se retrouvait alors menacé d'extinction. Sonia a choisi non seulement de prendre part à sa sauvegarde, mais aussi de l'enrichir en important la chèvre angora. Pionnière dans une terre sans mémoire du mohair, elle a posé les premières fondations d'une filière qui n'existait pas auparavant en Corse.

Sonia Romey, 1ère éleveuse de chèvres Angora en Corse, à Munacaghja, avec son troupeau.

2018 à 2021
L'appel du Cap
Après vingt ans de salle de classe, en tant que professeure des écoles, Sonia commence à se rapprocher de la matière et du vivant. En s'installant au Cap Corse, elle découvre autour d'elle tout un réseau fait de circuits courts, d'éleveurs et de producteurs qui font vivre le territoire et façonnent l'art de vivre corse. Elle y prend d'abord part en voisine, en consommatrice. Puis cela commence à l'inspirer

2022 à 2023
De rencontre en rencontre
Les explorations commencent, d'abord au sein d'un élevage de chèvres laitières. Puis une amie lui parle des chèvres angora, élevées pour leur seule laine. Sonia s'y intéresse de plus près, se documente, et les démarches se formalisent peu à peu. Au fil des formations et des immersions, elle fait la connaissance de Johanna, éleveuse en Haute-Provence à La Chèvre à mille feuilles, chez qui elle trouvera les premières chèvres de son troupeau.

mars à septembre 2023
La chevrerie prend forme
Reste à préparer la terre. Sonia trouve un premier terrain dans le village, comme souvent ici par bouche-à-oreille, des parcelles laissées à l'abandon depuis vingt, parfois quarante ans, qu'il faudra des mois pour rouvrir et rendre à l'herbe. Vient ensuite le bâtiment en bois, monté à la main avec son père, sobre, solide, pensé pour tenir tête aux tempêtes du Cap et se fondre dans le paysage. De quoi accueillir, bientôt, ses premières pensionnaires.

Octobre à Novembre 2023
La constitution du troupeau
Les premières chèvres, récupérées chez Johanna, migrent au Cap Corse. Sonia accueille Baloo, Boeing, Lila, Pacpac, Ligule, Lupin, Pampille et Petit Prince. Un mois après, c'est au tour de Fiuchetta, Furtuna, Bavella, Massa, Bianchina et Regina, venues des Pyrénées et de l'Ariège, de les rejoindre. La première génération du troupeau est ainsi formée.

Février à Juin 2024
La première tonte
Tondre une chèvre requiert une certaine technique. Afin de réaliser sa première tonte, Sonia bénéficie de l'intervention d'Antoine Delebarre. Une fois le tri de la laine effectué à la chèvrerie, les toisons doivent prendre la route du continent, faute de filature sur l'île. Au printemps, la deuxième génération du troupeau voit le jour avec huit naissances. Puis, un matin de mai, ce sont les premiers cônes de mohair qui reviennent tout droit de la filature de l'Aubepierre, dans l'Allier. L'été venu, Sonia se forme au geste, apprend l'ordre précis des passes pour garder la toison entière, et tond enfin son propre troupeau.

Juillet à Décembre 2024
Le réseau se tisse
Chaque mardi d'été, sur la place du village, un étal. Des pelotes au naturel, quelques bonnets tricotés par la maman de Sonia, des échantillons confiés aux tisserandes. C'est au fil de ces marchés que le réseau se tisse, avec Jérémy, premier tricoteur à suivre l'aventure, et que naissent les visites de la ferme, d'abord seule, puis avec Cathy. Avant la fin de l'année, Sonia part dans la Drôme apprendre la teinture végétale, pour faire passer les couleurs de la vallée dans ses pelotes de pur mohair corse.

2025
Le métier d'éleveuse
Le troupeau s'affirme, et le projet avec lui. Les visites se structurent aux côtés de Cathy, pour accueillir les familles comme les écoles. Le passage en exploitante agricole vient donner du poids à la démarche, sur les foires et les marchés, une façon de prendre toute sa place dans le métier. C'est l'année, aussi, d'une nouvelle décision, confier au troupeau une autre paire d'yeux. Un chien de berger.
À Sisco, la chèvrerie de Sonia se construit au fil des saisons.
Et puis, en mai 2025
Le compagnon de route
L'arrivée du chien de berger n'a rien d'anecdotique. C'est une présence quotidienne, un regard de plus sur le troupeau, une autre façon d'habiter le pâturage. Amande, le chien, vient de chez Audrey, à Tox. Il descend de chiens de troupeau et a grandi parmi les chèvres dès ses premières semaines. Il a fait son arrivée ici à ses trois mois.

Sonia, entourée de ses proches et de ses adorables compagnons aux pelages variés, a su relever le défi qu'impliquait l'introduction du mohair en Corse.